Blogs

Juliette Drouet par Bastien Lepage, Maison de Victor Hugo

Dans une salle un peu poussiéreuse du musée Victor Hugo, place des Vosges, un portrait de vieille femme accroche le regard. Elle est paisible, diaphane, un peu rêveuse, le corsage à peine entrouvert, c’est peut-être l’été ou la pièce est surchauffée, nous sommes en 1883…

Cette femme c’est Juliette Drouet qui depuis un demi-siècle est la maîtresse de Victor Hugo. Elle est peinte par Jules Bastien Lepage, peintre naturaliste et portraitiste des gens en vogue et des petites gens, mendiants et paysans. L’univers d’Hugo le passionne. On connaît de lui les portraits de Victor Hugo (1882), de la petite Cosette et celui de Juliette Drouet qui retient son souffle pour ne pas être arrachée à son amour.
Elle n’a aucun regret pour le monde et le siècle : la pauvre orpheline, née à Fougères en 1806, a sillonné l’Europe avec ses amants, avant de jouer la comédie sur les grandes scènes. C'est en jouant dans Lucrèce Borgia, en 1833, qu'elle a rencontré Victor. Si belle alors, elle  inspirait peintres et sculpteurs, mais aujourd’hui elle est si fluette, si légère que dans quelques semaines elle va s’envoler…

Lettres de la princesse Palatine (1652-1722)

En 1671, lorsqu'elle arrive en larmes de son Palatinat natal pour épouser Monsieur frére du roi, Philippe d'Orléans, la jeune princesse Charlotte-Elizabeth ne sait pas encore qu'elle vivra isolée, entourée par les favoris de son mari. Elle apporte dans sa corbeille la renonciation de son héritage qui sera, en 1688, l'alibi des guerres du Palatinat et son plus grand chagrin. Louis XIV revendiquant ses droits à la succession de l'Electeur Palatin, s'illustrera par la brutalité de ses armées.
Laide et spirituelle, "Madame" n'est pas la dupe des fastes de Versailles, née protestante, convertie par politique, elle n'est pas celle des églises non plus : une fois pour toutes elle croit en "sa petite religion particulière" qui respecte les honnêtes gens de toutes religions."Liselotte" est naturelle, simple et fière de sa race. Elle s'attire les foudres du "Grand homme" et de "la vieille ordure" (Madame de Maintenon) en s'opposant vainement au mariage de son fils Philippe, le futur régent, avec une bâtarde légitimée de Louis XIV. Chaque jour, avec verve, elle décrit en allemand, les péripéties de la cour. Peu importe si son courrier est ouvert dans le cabinet du roi. Elle raconte tout à ses amies lointaines : l'ennui d'une cour bigote ou le théâtre est interdit, l'insolence de la jeunesse désœuvrée, les frasques des princesses du sang, les princes débauchés, tricheurs, querelleurs. Cultivée, Madame, évoque brillamment la querelle entre Bossuet et Fénelon autour du quiétisme et l'arrivisme des prêtres.

Chantal Thomas – Les adieux à la reine

Vienne 1811, les Français de Napoléon occupent la ville. Agathe-Sidonie Laborde, émigrée et ancienne lectrice de la Reine Marie-Antoinette, revit les trois folles journées de juillet 1789 où la panique a ravagé Versailles après l’impensable : la Bastille prise et le retrait des régiments étrangers de Paris…
Du 15 au 17 juillet, Agathe erre dans les couloirs du palais, quêtant réconfort et informations dans le chaos des courtisans en fuite et la foule des réfugiés. Artois, Provence, les princes du sang, les Polignac, Vaudreuil, les intimes de Trianon cherchent le salut dans l'émigration. Que fera la Reine, son idole. Partira-t’elle ? Restera-telle au Château ? Le temps des plaisirs est passé à Versailles, l’Île enchantée sombre avec les raffinements d’une société délicieuse et cruelle, la royauté fait naufrage…

Les romantiques Russes au musée de la Vie romantique

Avant Pierre le grand et Catherine II, la Russie interdisait la musique et la sculpture, ne connaissait de peinture que les icones et de vie intellectuelle que la théologie. Ces deux monarques font venir à Saint-Pétersbourg des peintres, des architectes, des intellectuels de France ou d’Italie et nous leurs devons l’ouverture au monde du XVIIIe siècle. Après la campagne de Russie, le Tsar Alexandre, un temps l’allié de Napoléon, devient le héros des peuples asservis. Traquant l’empereur vaincu, il rétablit l’ordre dans la vieille Europe et replace sur le trône de France des Bourbons bien peu reconnaissants. Le musée expose deux témoignages de premier ordre pour ces événements : la peinture de l’Entrée des souverains alliés dans Paris et celle du Te deum du 10 avril 1814. Témoin oculaire, la comtesse de Boigne raconte l’effarement des parisiens dans Paris ville ouverte, les terribles cosaques qui vivent à cheval et les excès des royalistes Français. Elle-même, royaliste convaincue, est pourtant gênée par le spectacle des popes célébrant l’Office place de la Concorde.

Bijoux des deux Empires. La politique des parures de Joséphine à Eugénie (1804-1870)

Conférence présentée par Marie-Émilie Vaxelaire, historienne d’art et gemmologue.
Joséphine raffolait des bijoux parfois achetés en cachette de Napoléon, Mlle Avrillon raconte dans ses Mémoires ses merveilleuses parures de perles et de camées. Marie-Louise portait placidement les soixante-dix parures de sa corbeille de mariage, Eugénie aimait le faste et les porte-bonheur… Diamants de la couronnes ou cassette privée, cadeaux diplomatiques, étrennes, mariages : le XIXe siècle a une culture du bijou qui nous échappe. La symbolique des pierres et leur association sont interprétées savamment. Les bracelets « hiéroglyphiques » codent un message avec l’initiale de chaque pierre tandis que les bijoux reliquaires protègent ceux qui les portent.

Lucien Bonaparte (1775-1840) Un homme libre

Le cycle des conférences de la bibliothèque Marmottan reprend son cours avec une évocation de Lucien Bonaparte par Maria Teresa Caracciolo et Isabelle Mayer Michalon, les commissaires de l’exposition qui lui a été consacrée au musée Fesch d’Ajaccio. Elles ont présenté cet homme de communication, à la carrière politique courte mais brillante, grand collectionneur de peinture et profondément indépendant.
Député de Corse, républicain convaincu, Lucien est un des acteurs majeurs du coup d’état du 18 et 19 brumaire qui fait tomber le Directoire, instaure le Consulat et donne le pouvoir au général Bonaparte. Pourtant Napoléon minimisera son rôle à la présidence du Conseil des Cinq Cents au cours de cette nuit décisive. Il désapprouve l’indépendance de Lucien. Ministre de l’Intérieur - en charge du dossier du Concordat et de la création de l’Ordre de la Légion d’honneur de 1799 à 1800 -, puis ambassadeur auprès des rois d’Espagne et du Portugal, son action déplaît au Premier Consul. L’inimitié de Talleyrand et de Fouché, une publication malheureuse évoquant la stérilité de Joséphine et son refus catégorique de faire un mariage dynastique avec une infante espagnole, scellent le sort de Lucien qui s’exile en Italie.
 

Madame du Barry

Le huit décembre 1793, dans la charrette qui la conduit à l'échafaud de la place de la Révolution, Jeanne Bécu, comtesse du Barry est saisie de convulsions. Pour elle, pas de mort digne, pas de bon mot ultime… il faut l'attacher à la planche pendant qu'elle mendie "encore un instant Monsieur le bourreau."




Le XVIIIe n'est pas tendre pour les jeunes filles sans fortune. Jolie et peu farouche, Jeanne, née en 1743 d'un moine et d'une domestique, devra payer tribut au Minotaure. Après quelques pas dans les milieux de la mode et de la galanterie sous le nom de Mademoiselle l'Ange, elle rencontre Du Barry qui cultive en parfait "roué" le goût de la méchanceté. Proxénète notoire, il la brocante auprès de grands seigneurs et intrigue pour l'introduire auprès de Louis XV. Le vieux roi neurasthénique, séduit, la veut auprès de lui à Versailles. Mariée avec le frère cadet de Du Barry, titrée, elle est présentée à la cour en 1768 et affronte les coteries de Versailles : Choiseul le ministre tout-puissant de l'alliance Autrichienne ; les filles du roi, confites en dévotion ; la dauphine, enfin, qui refuse de lui adresser la parole.
 
Pendant six ans, l'amour du roi la protègera des cabales. Entourée d'amis, de valets et de bouffons, elle dépensera des sommes folles en bijoux et dans les travaux de son petit château de Louveciennes ou Nicolas Ledoux crée pour un elle un rêve de pierre blanche.

Antoine Watteau et l'art de l'estampe

" Watteau méditoit presque toujours; grand admirateur de la nature et de tous les maîtres qui l'ont copiée, le travail assidu l'avait rendu un peu mélancolique..."


Voilà le portrait que Jean de Julienne fait de son ami et protégé. Watteau (1684-1721) venait de traverser son époque comme une météore avant de s'éteindre à trente-sept ans en laissant derrière lui le meilleur du style rocaille et tout un univers poudré de comédiens, de danseurs et de musiciens. Il laissait également un grand nombre de toiles et de dessins. Jean de Julienne, richissime directeur des Manufactures royales des draps fins aux Gobelins, entreprit de les faire graver. Une cinquantaine de graveurs, parmi lesquels Boucher, Liotard, Audran, mirent des années à réaliser quatre grands volumes : le Recueil Julienne. Il regroupe près de six cents planches et fait encore autorité pour authentifier une oeuvre de Watteau.

Souvenirs du bal des Incas

Début 1812 Napoléon était heureux, il était fier de ses alliances avec l’Autriche et la Prusse, Marie-Louise lui avait donné un héritier, il décida d’organiser deux bals : un bal paré et un bal masqué. Les princesses étaient invitées à faire deux quadrilles. Caroline et Pauline, sœurs de l’empereur, choisirent le bal paré. Hortense, reine de Hollande, se vit attribuer le bal masqué.
L’affaire était d’importance : il fallait réunir une troupe de jolies femmes et de bons danseurs parmi les courtisans des Tuileries, régler chorégraphie, costumes et décors et surtout choisir le bon thème. Caroline, reine de Naples et Pauline, princesse romaine, toutes deux tantes du petit Roi de Rome, décidèrent de représenter une allégorie sur la réunion de Rome à la France et Hortense, plus fine courtisane, un thème neutre et exotique : le bal des Incas.
Le premier bal eut lieu dans le théâtre des Tuileries. L’empereur, assis sur une estrade entre Marie-Louise et Hortense, eut la surprise de retrouver ses chambellans et ses écuyers, costumés en Zéphyrs et en Apollon, parmi la troupe des Naïades du Tibre tandis que les princesses, casquées d’or, se donnaient l’accolade. Elles auraient du apporter leurs boucliers de diamant aux tuileries le lendemain pour affronter l’humeur de Napoléon «Rome est soumise à la France mais n’en est pas contente… flatterie ridicule… mettre la politique en danse quelle idée !.. »
 

Willy Ronis à la Monnaie de Paris

Fils d’un photographe portraitiste parisien, Willy Ronis est mort l’année dernière à 99 ans. Depuis les belles journées du Front populaire, il aura parcouru son temps, protégé par l'appareil photo, enivré par le déclic, son œil magique métamorphosant les bidonvilles en châteaux, les ouvrières en princesses, les vieux joueurs de pétanque en danseurs mondains et les cours de Belleville en jardins enchantés…
La poésie et l’enfance jaillissent de tous ces tirages noirs et blancs accrochés dans les salons du quai Conti. Proche du parti communiste, Ronis révèle la noblesse des petites gens et du monde ouvrier photographié au travail et pendant les grèves. Femmes des filatures, dockers, métallos remplissent les clichés de leurs jeux, de leurs rires, de la difficulté de vivre et de leurs espoirs.