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Guerre et Paix

La campagne de Russie a beaucoup inspiré les écrivains. Georges Sand a évoqué dans Histoire de ma vie l’effarement des français devant la disparition de cette immense armée jamais vaincue. Balzac, dans l’Adieu et le Médecin de campagne, raconte la retraite de Russie, la pagaille du butin, les femmes et les enfants qui suivent en désordre les troupes françaises et le piège de la Bérézina.
Tolstoï dans Guerre et Paix peint mieux que personne, d’Austerlitz à la catastrophe française de 1812, la fresque de cette folle incursion jusqu’à Moscou dans les immensités de l’empire russe et la parade que se jouèrent Napoléon et le général Prince Koutouzov. Son point de vue est clair, les chefs de guerre ne décident rien, trop d’éléments incontrôlables, d’ordres non appliqués et de rapports erronés. Ils ont été portés par une lame de fond qui a déplacé et broyé 600 000 hommes d’Ouest en Est avant de refluer d’Est en Ouest.

Mémoires de la Comtesse de Boigne

Lorsqu’en 1907 Marcel Proust découvre les Mémoires de la comtesse de Boigne, il s’enthousiasme pour cette grande dame à la plume ciselée et caustique qui, de 1781 à 1866, a traversé toutes les péripéties du XIXe et onze régimes. Fille de diplomate, maîtresse de ministre, elle a connu personnellement tous les acteurs de cette période. Personne ne raconte avec autant de sobriété et de réalisme qu’elle l’entourage de Marie-Antoinette et des filles de Louis XV, les dernières années de la cour, les Français de l’émigration en Italie ou en Angleterre, Paris sous l’Empire et la Restauration, la monarchie de Juillet…
Louis XVI, Bonaparte, le Tsar Alexandre, le prince de Galles et la multitude des seconds rôles sont évoqués chacun à leur tour. Sévère avec les derniers Bourbons, elle déplore leur art consommé de blesser les plus fidèles serviteurs, les extravagances politiques de Charles X et l’inconséquence de la duchesse de Berry. Amie de Madame de Stael et de Juliette Récamier, elle est impitoyable pour Chateaubriand dont elle méprise les humeurs d’artiste.
Femme de salon, Madame de Boigne se réserve toujours la liberté de ses opinions et reproche souvent aux ultras du faubourg Saint-Germain leur bigoterie et leur esprit de revanche. Amie d’enfance de la reine Marie-Amélie, elle aime avec lucidité la simplicité de Louis Philippe et son intelligence politique. Comme Saint Simon déplorait un certain éclair dans l’œil du duc de Bourgogne à la mort de son père le grand dauphin, elle n’aime pas celui qui brille dans le regard du futur roi constitutionnel en juillet 1830.

François Rude « 1784-1855 », sculpteur de la légende napoléonienne

Isabelle Rouge-Ducos, chartiste et spécialiste de l’Arc de Triomphe, présentait François Rude à la conférence de la Bibliothèque Marmottan du 14 avril dernier. Exemple idéal de la réussite par le labeur et parangon de l’artiste bonapartiste, bon républicain et bon patriote, la conférence replaçait Rude dans les perspectives politiques de Louis Philippe.
Né en 1784 , fils de forgeron, Rude apprend à Dijon le dessin, la Fable et l’Histoire et fait parallèlement son apprentissage de chaudronnerie. Prix de Rome en 1812, il s'enthousiasme pour l’épopée des Cents jours et passera dix ans en exil à Bruxelles après Waterloo. Il y rejoint les fidèles de l’empereur, mais aussi les conventionnels régicides parmi lesquels le peintre David et ne regagnera la France qu’en 1826. La Monarchie de Juillet lui permet d‘exprimer son attachement à la légende napoléonienne. Louis Philippe, roi des Français en 1830, se voit comme l’artisan de la réconciliation nationale entre monarchistes, bonapartistes et républicains. Fils de Philippe Egalité, il a combattu pour la République à Valmy et à Jemappes et décide d’achever les chantiers impériaux de la Madeleine et de l’Arc de Triomphe pour récupérer les gloires militaires de l’Empire. Il fait appel aux artistes pour orner les piliers. Rude propose plusieurs projets : La campagne d’Egypte, La campagne de Russie, La Guerre victorieuse, La Paix. Son étude du Départ des volontaires de 1792 est retenue, c’est aujourd’hui le plus célèbre des bas-reliefs de l’Arc de Triomphe.

Fragonard, Le petit parc c. 1762 - c. 1763

En 1867, Richard Wallace, le plus célèbre collectionneur et philanthrope anglais de Paris, acquit, Le petit parc de Fragonard, lors de la succession de la comtesse Koucheleff. Aujourd’hui à la Wallace collection de Londres, cette petite huile sur toile représente, sur deux registres, une scène populaire à l’éclairage théâtral, et une perspective aristocratique lumineuse. Trois paysans, un couple et un jardinier, sont mis en scène devant la statue d’une femme gardée par des lions dans un grand parc abandonné…
Fragonard a peint ce tableau à Paris, deux ou trois ans après son premier grand voyage en Italie. Lauréat du Grand Prix de l’Académie royale de peinture, il résidait à Rome et venait de rencontrer Hubert Robert et l’abbé de Saint Nom. Amateur d’art fortuné, graveur et érudit, l’abbé avait loué en 1760 la Villa d’Este du duc de Modène, à Tivoli. Pendant des mois les trois amis dessinèrent des sanguines de ces jardins alors négligés, exemple parfait des « giardini delle meraviglie » avec leurs statues, perspectives, terrasses et, omniprésent, le chant des fontaines.

Derrière la façade - Vivre au château de Versailles au XVIIIe siècle

Le Versailles sanctuaire d’aujourd’hui est bien différent de celui d’autrefois qui abritait plus de mille courtisans et une multitude de laquais, gardes, servantes, jardiniers, officiers, tournes broches et autres garçons frotteurs. William Ritchey Newton fait revivre les petits riens qui font toute la vie et l'aventure du quotidien : eau, éclairage ou chauffage.
La grande affaire à Versailles, c’est le logement. L’attribution des 226 appartements est un véritable casse-tête : changer un occupant entraine cinq ou six déménagements par un effet de dominos. Charges et offices étant effectuée par périodes, plusieurs personnes peuvent occuper le même logis simultanément et la promiscuité est de règle. Chaque prince du sang, arrivé à l’âge adulte, est doté d’une maison qu’il faut loger. Les archives conservent les courriers plaintifs ou impérieux qui réclament cheminées, miroirs et changements de fenêtres.  Les cuisines privées, strictement interdites, pullulent en multipliant risques d’incendie et mauvaises odeurs. Les fourneaux clandestins piratent les conduits de cheminée et on jette sans scrupule les eaux sales par les fenêtres. L’infection est telle que tous les ans la cour part à Fontainebleau pendant le grand nettoyage général et la vidange de toutes les fosses du château.

Sainte Russie, l’Art Russe des origines à Pierre le grand

Huit siècles séparent les premiers Rou’s connus, au début du IXe siècle, de Pierre Ier le grand, le Tsar réformateur. Le Louvre retrace cette histoire…
Sur la route commerciale entre Constantinople et la Scandinavie, le vaste territoire des Rou’s, s’étend entre la mer Baltique, la mer Noire et la mer Caspienne. Fin politique ou  touché par la grace, le prince païen de Kiev, Vladimir, se fait baptiser avec son peuple, en 988, selon les rites byzantins. Les premières icones, venues de Constantinople, donnent, au fil des siècles, naissance à plusieurs écoles : aplats rouges et blancs, lignes stylisées à Novgorod, canons byzantins à Tver, œuvres graciles et maniéristes des ateliers Stroganov. Ornées d’argent et de joyaux, elles sont vénérées par les fidèles et le signe de la « présence réelle », autant que l’Eucharistie pour les catholiques. Il faut attendre le XVIIe siècle pour que le portrait naturaliste se généralise et livre les visages massifs des patriarches et des autocrates.

Androuet du Cerceau (1520-1586), l’inventeur de l’architecture à la française 

Tout amateur d’art décoratif connaît le nom d’Androuet du Cerceau, ses recueils d’ornements et de grotesques se sont transmis de générations en générations dans les ateliers d’orfèvres, d’ébénistes ou de sculpteurs. Copiés à outrance au XIXe siècle, les chercheurs se consacrent aujourd’hui à retrouver dans les inventaires de collection, les châteaux, sur les meubles, les émaux ou les faïences, les décors originaux de cet artiste protestant et humaniste.
L’exposition de la Cité de l’architecture, présente son travail d’architecte et l’inestimable documentation qu’il a réunie dans son chef-d’œuvre Les plus excellents bâtiments de France publié en 1576 et en 1579. Nous sommes invités à une promenade au cœur de la Renaissance, de François Ier à Henry III, dans cette France des Valois ou les rêves d’Italie éclairent les demeures féodales. On ne reconnait alors pour maître que Vitruve, un architecte du Ier siècle de notre ère. Jacques Androuet du Cerceau a l’idée géniale de concevoir des demeures par modules selon un principe de symétrie qui préfigure les merveilles architecturales du Grand-siècle. Ce travailleur infatigable qui a fait ses classes avec les italiens de l’école de Fontainebleau veut construire « à la française » et plus selon les manières d’« estranges pays ». Androuet met l’homme au cœur de ses projets, son œil survole les bâtiments, il trace des vues en contre-plongée ou latérales : son approche est scientifique. Ses fils et petits-fils se la transmettront et édifieront entre autre le pont neuf, l’hôtel de Sully et le Palais du Luxembourg.

Jérôme Bonaparte, « le roi Jérôme » 1784-1860

Soyez le petit frère de Napoléon Bonaparte, soyez potache, querelleur et flambeur. Allez vous calmer dans la marine, désertez, mariez-vous sans l'accord de votre grand-frère avec une belle et riche américaine... et vous avez toutes les chances de vous retrouver, à 25 ans, roi de Westphalie, petit état découpé dans les restes de la Prusse après la paix de Tilsitt. Les "Débuts" de Jérôme Bonaparte, le plus jeune frère de l'empereur, faisaient l'objet de la dernière Conférence de la bibliothèque Marmottan, présentée par Jacques-Olivier Boudon, professeur d’Histoire de la Révolution et du Premier Empire à l’université de Paris-Sorbonne.
Le personnage ne manque pas de pittoresque puisque, sur l’ordre de son frère, il abandonne Elisabeth Patterson, son épouse légitime américaine prête à accoucher, pour rentrer en France. Il épouse en secondes noces Catherine de Wurtemberg, la fille du roi de Wurtemberg. Cinq enfants naîtront de cette union dont la célébrissime princesse Mathilde qui ouvrit un des salons les plus courus sous le second empire et la troisième république. Mais en 1807, le tout nouveau roi de Westphalie et son épouse, montent sur le trône avec l'intention de régner sur un état "modèle" de l'empire avec constitution et institutions à la française. Très vite l'heureux caractère du roi reprend le dessus et celui que ses sujets appelaient "der Konïg Lustig" dilapide gaillardement les revenus de l'état. Malgré les vociférations de Napoléon qui le traite de satrape, il vide les caisses et séduit toutes les femmes de sa Cour.

« C’est la Vie »

Depuis le memento mori des anciens romains jusqu'au «Vanité des vanités, tout n’est que vanité et recherche du vent...» de l’Ecclesiaste, chaque génération, chaque civilisation, essaie d’apprivoiser la brièveté de la vie. L’exposition La mort c’est la vie, présente gaiement, au Musée Maillol, 160 œuvres de toutes les époques sur le thème de la mort, 160 Vanités savantes, burlesques, poétiques ou terrifiantes qui nous interrogent sur le sens de la vie et la valeur des plaisirs ou du renoncement.

Mystiques au XVIIe dans les tableaux de Caravage, Zurbaran ou Georges De La Tour, les vanités, avec Les trois cranes de Géricault, deviennent profanes et romantiques au XIXe. Basquiat et Warhol ont tous les deux travaillé ce thème : inspiration Vaudou pour l’un, crâne star pour l’autre, à la manière des portraits de Marylin ou Elisabeth Taylor. Tandis que Marina Abramovic porte son squelette sur le dos (Carrying the skeleton I), Tsykalov sculpte des légumes têtes de mort (Skull), Damien Hirst les recouvre de diamants ou de mouches, Philippe Pasqua d’argent et de papillons...

La Splendeur des Camondo : De Constantinople à Paris (1806-1945)

… au début il y eut Abraham Salomon, puis Salomon Raphaël son fils, père d’Abraham et de Nissim, eux-même pères d’Isaac et de Moïse. Moïse fut le père de Nissim et de Béatrice, de qui naquirent Fanny et Bertrand…

 

Jusqu’au 7 mars, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme, installé dans le sublime Hôtel de Saint-Aignan, présente les cinq dernières générations de la famille de Camondo : philanthropes, collectionneurs et mécènes.
En 1492, l’Espagne achève sa Reconquista de la péninsule sur les arabes. La communauté juive est condamnée à se convertir ou à l’exil. La famille séfarade des Camondo commence un long périple qui la conduira, pendant plus de deux siècles, du ghetto de Venise (ils garderont la nationalité autro-hongroise jusqu’à l’unification italienne), à Constantinople ou ils feront fortune en se faisant changeurs/préteurs. C’est l’origine de la banque « Isaac Camondo et Cie » qui, de 1832 à 1917 va étendre l’influence des Camondo de la Turquie aux états-unis.