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Paris inondé, 1910

La dernière semaine de janvier 1910, après une longue période pluvieuse, la Seine sort de son lit, emprunte couloirs du métro, nouvelles voies de chemin de fer, égouts et autres canalisations et transforme Paris en petite Venise. La crue atteint 8,62 mètres de hauteur. Un ancien bras du fleuve se remet en eau et le quartier de la gare Saint-Lazare se retrouve sous les eaux.
Paris inondé, présente cette dizaine de folles journées que vécurent avec humour ceux qui gardaient les pieds au sec, et dans l’angoisse la grande foule des réfugiés parisiens et banlieusards. Photos, films, correspondances et journaux font revivre ces scènes loufoques de processions sur passerelles et de voyages en barques réquisitionnées sur les plans d’eau parisiens. Chapeaux haut de forme et chapeaux à plumes s’assemblent sur le pont de l’Alma pour guetter le niveau des eaux sur la statue du zouave. Tandis que les pavés de bois des rues, jugés plus économiques que le granit, flottent comme les livres d’une bibliothèque engloutie, de grands gaillards portent de dignes académiciens sur leur dos et le préfet donne l’ordre de verser les charrettes d’ordures dans le fleuve.

Mémoires du prince de Ligne

« J’ai le bon esprit de saisir avidement et de me dessaisir tranquillement de tout ce que la jouissance me promet d’heureux… »
Certains hommes traversent les siècles avec élégance. Comme Pétrone ou Marc-Aurèle, Charles Joseph de Ligne (1735-1814) est de ceux-là. Ses mémoires, jetés sans chronologie, foisonnent de souvenirs de toutes les cours d’Europe qui se l’arrachaient. Qui pouvait se vanter en 1780 d’être l’ami de Marie-Thérèse d’Autriche, Catherine de Russie, Frédéric de Prusse, l’amant de Madame du Barry, et de passer cinq mois à Paris, chaque année, dans le cercle très fermé de Trianon ?
Issu d’une très vieille famille rendant hommage aux Habsbourg, Charles Joseph de Ligne, dont les couleurs sont le rose et l’argent, parle six ou sept langues et a des résidences à Vienne, Paris, Aix la chapelle… Sa principale, est le magnifique château de Beloeil qu’il adore, « à vingt heures de Paris », dans le Hainaut. Il embellit sans cesse bâtiments et jardins et y donne des fêtes fastueuses. La révolution française puis les conquêtes napoléoniennes bouleverseront l’Europe et le ruineront. Obligé de quitter Beloeil, il s’installe à Vienne dans une demeure modeste ou il écrit tous les matins et reçoit la bonne société.

Mémoires de la reine Hortense

Dans la galaxie des Napoléonides, la reine Hortense occupe une place à part. Née en 1783, elle est la fille de Joséphine et du vicomte de Beauharnais, guillotiné sous la terreur. Elle avait hérité du charme de sa mère qui, remariée avec Bonaparte, régnait sur le Paris du Directoire et cultivait une vie mondaine raffinée. Adoptée par Napoléon, Premier Consul puis empereur, qui gérait sa famille comme il organisait l’Europe, Hortense fut mariée à Louis Bonaparte, créé roi de Hollande en 1806. L'empereur adoptera leur fils ainé, Napoléon Louis Charles, comme héritier de l’empire mais le couple ne s’entendra jamais. Louis, maladivement jaloux et atteint d’une maladie vénérienne rendra la séparation inévitable. La mort de l’enfant montrera la fragilité dynastique de l’Empire et donnera des arguments aux partisans du divorce de Napoléon et de Joséphine trop âgée pour enfanter.
Hortense souffrit toujours de l'hostilité des frères et sœurs de Napoléon.  Emigrés et princes dépossédés par les conquêtes impériales, trouvaient un accueil chaleureux auprès de cette princesse d’Empire, fille de l’ancienne aristocratie. Son ouverture d’esprit lui permis, sans trahir Napoléon, de recevoir en 1814, l’amitié et la protection du Tsar Alexandre pendant la première Restauration. Devenue duchesse de Saint-Leu par lettres patentes de Louis XVIII, elle vécue ces mois de transition sur ses terres et ne rentra à Paris que pour les besoins du procès destiné à lui conserver la garde de Napoléon Louis et de Charles Louis Napoléon, ses enfants, réclamés par son mari exilé en Italie.

Louise de Prusse, la belle ennemie de Napoléon

Chaque ville allemande a sa rue ou son avenue de la Reine Louise, sa Königin Louise-Straße. Jean-Paul Bled, professeur d’histoire contemporaine à Paris Sorbonne, dans le cadre des conférences de la bibliothèque Marmottan, a présenté cette petite princesse allemande. Mariée en 1793, à seize ans, au roi Frédéric Guillaume III, elle devint l’âme de la résistance à Napoléon et pour l'empereur : « le seul homme de la famille ». Les raisons de cette popularité sont multiples, à commencer par sa beauté, immortalisée par Elisabeth Vigée Le Brun, ses nombreuses maternités et surtout son obstination à ne connaitre qu’un responsable des malheurs de l’Europe : Napoléon qui volait de victoires en victoires (Iena, Auerstadt en 1806, Friedland en 1807). On admirait la volonté farouche de la reine quand son époux, maladivement irrésolu, faisait valser ses alliances avec les empires Autrichien, Russe et Français, optait d'abord pour la neutralité puis engageait seul un combat solitaire et désastreux contre la France. Obligé de fuir Berlin pendant de longs mois, le couple royal paraîtra pitoyable à la Conférence franco-russe de Tilsitt ou Louise plaidera en vain, pendant une longue heure de tête à tête avec le « Diable français », la cause de son malheureux royaume.

Mémoires, souvenirs et journaux de la comtesse d’Agoult

[…] j’aime trop ceux dont j’ai eu à me plaindre ; je n’aime point assez ceux dont j’ai eu à me louer […]
Née en 1805 d’un gentilhomme français et d’une fille de la haute bourgeoisie protestante de Francfort, Marie de Flavigny est le fruit de l’esprit critique allemand et de l’éducation à la française des jeunes filles : confessionnaux et salles de bal. Son mariage avec le comte d’Agoult la fait entrer dans le cercle rapproché de la duchesse d’Angoulème en 1827. Elle raconte avec verve la cour de Charles X aux Tuileries, l’ennui des soirées chez la fille de Louis XVI et les enfantillages de la duchesse de Berry avant que les journées de juillet 1830 ne dispersent cette société d’ultras.
Mais partout, au couvent, dans sa famille, son couple ou ses maternités, le spleen est présent, cette petite félure qui l’éloigne de sa mère, de ses enfants et de son mari qu’elle quitte avec fracas pour vivre la grande aventure de sa vie : douze ans de passion orageuse avec Frantz Listz.

Louis XIV, l’homme et le roi

Pour la première fois depuis 1715 Louis XIV revient à Versailles ! Le roi de Gloire est présenté, le roi en majesté, celui qui écrase la Fronde et l’hérésie, le roi miracle, Don de Dieu au Royaume : Louis Dieudonné. C’est aussi le roi amoureux, collectionneur, le roi danseur, batisseur et jardinier... Une remarquable sélection d’objets personnels illustrent tous les arts décoratifs et la passion de Louis le Grand pour son métier de roi et le faste.
Accueillis par le groupe en marbre d’Apollon baigné par les Nymphes de Girardon et Regnaudin nous suivons le cour de la vie du roi Soleil. Tout enfant, déjà Représentant de Dieu sur terre,comme le proclament sa Présentation à la Vierge par Anne d’Autriche ainsi que son Portrait équestre avec l’ombre de son grand père Henry IV, le premier roi, si populaire, de la dynastie Bourbon.
Le chantier pharaonnique de Versailles lui permet de fixer sa propre mythologie, il sera le Roi Soleil, celui qui dispense ses bienfaits, les arts et la paix à son royaume.Tous les arts sont mis au service de cette propagande qui a laissé tant de merveilles. Les tableaux de Charles Delafosse, Apollon et Thétis et Clytie changée en Tournesol résument à eux seuls toute cette politique ainsi que les nouvelles techniques de l’industrie du luxe : miroiterie, marquetteries de pierres et de bois précieux, tentures des Gobelins, ébénisterie de Boule.

Louis Comfort Tiffany

Un nouveau monde de lumière et de matière

Depuis le 16 septembre a lieu une exposition d'une rare beauté. En effet les œuvres de Louis Comfort Tiffany sont l'expression d'une grande sensibilité et d'un goût très subtile. L'exposition nous apprend que Tiffany, après un long apprentissage de la peinture, s'intéresse au travail du verre. Il concevra des vitraux pour de nombreuses églises qui feront sa fortune. Avec les petits morceaux de verres restant, Tiffany va créer les fameuses lampes et nombres petits objets. Mais oublions l'histoire et regardons les œuvres.

Les vitraux présentent souvent des motifs inspirés de la nature (fleurs, plantes, animaux...). De loin, ces vitraux me transportent dans un monde où la lumière fait vibrer des couleurs si délicates. Les mélanges, les nuances sont si subtiles que je suis étonnée qu'ils s'agissent de vitraux. Attirée par cette lumière, je m'approche. La lumière fait place à la matière. Les vitraux ne sont pas plats !

Astérix a 50 ans !

Boulevard Saint Germain et Saint Michel, au cœur du quartier latin, le musée national du Moyen Âge est installé dans deux monuments parisiens exceptionnels : les thermes gallo-romains (Ier-IIIe siècles) et l’hôtel des abbés de Cluny (fin XVe siècle). A l’occasion des 50 ans d’Astérix et, pour la première fois en France, sont exposés dans le frigidarium de la Lutèce antique, des tapuscrits de René Goscinny et des planches originales d’Albert Uderzo. Choisies pour leur évocation de la civilisation romaine ou pour leur exemplarité de l’oeuvre d’Uderzo et Goscinny, ces planches permettent aussi de comprendre les différentes phases de la réalisation d’un album, du crayonné original à la planche en couleurs. Il y a aussi des perles : la machine à écrire Keyston Royal de Goscinny le premier numéro de l’hebdomadaire Pilote, les premières esquisses d’Astérix et Obélix signées Albert Uderzo, les premières notes de René Goscinny faisant apparaître les noms des futurs personnages des albums.
Du 28 octobre au 3 janvier.

L’école de la liberté - être artiste à Paris - 1648-1817

En 1648, les artistes sont étouffés par les règlements de la Guilde de Saint Luc. Louis XIV les place sous sa protection directe en créant l’Académie royale de peinture. Basée au Louvre puis à l’Institut, l’Académie s’installera dans ses locaux actuels en 1817. D’année en année, ses collections s’enrichiront de tableaux d’agrément puis de réception, d’œuvres de concours et de travaux d’élèves.
Sous la direction de Lebrun, Coypel, Van Loo, Rigaud,et de beaucoup d’autres maîtres, les élèves entretiendront avec les pouvoirs royal et religieux des rapports souvent délicats car « On ne commande point aux talents ». Au fil des règnes, l’école prendra le pouls frondeur de Paris pour conserver sa liberté de création.

Souvenirs d’Italie (1600-1850)

Depuis la Renaissance, la France se passionne pour l’Italie, sa belle lumière, ses Antiques et ses ruines. Reines Médicis, contre réforme et diplomatie vaticane ont généré un vaste courant d’échanges culturels qui se fixe en 1666, lorsque Louis XIV et Mazarin, grands collectionneurs, créent l’Académie de France à Rome et pensionnent chaque année les lauréats de l’Académie de Peinture de Paris, envoyés à Rome pour quatre ans effectuer des relevés de bas reliefs, et de statues antiques.