Le vieux bouquin moins polluant que l'e-book

La comparaison entre l'empreinte carbone d'un livre papier et celle d'un livre électronique tourne en faveur du premier. Du moins pour l'instant.

Combien de livres mettre dans ses bagages cet été ? Le plus possible pour avoir le choix, rattraper le retard de lecture accumulé dans l'année, dévorer les romans à la chaîne? Mais pas trop quand même : c'est lourd et à chaque fois, on n'en lit pas la moitié? Avec l'e-book, ou livre électronique, qui permet de transporter toute une bibliothèque dans un petit appareil de 15 sur 20 cm

pesant moins de 300 g, ce dilemme n'aura plus lieu d'être. Moins de papier, cela veut dire aussi moins d'arbres coupés, moins de cartons transportés par des camions de livraison polluants? Cette idée commune est pourtant fausse : l'e-book est écologiquement moins vertueux que le livre traditionnel. C'est du moins le résultat d'une étude réalisée pour Hachette Livre, éditeur qui représente le quart de la production française de livres.

bilan carbone

Le bilan carbone d'Hachette, réalisé par la société Carbone 4, de Jean-Marc Jancovici et Alain Granjean, a établi que l'empreinte carbone du groupe, c'est-à-dire l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre dans le cycle de vie des livres édités par Hachette en France, était de 178.000 tonnes de CO2, pour 163 millions d'exemplaires publiés en un an. Soit l'équivalent d'un peu moins de 1 kg en moyenne par livre, avec de fortes variations selon qu'il s'agit d'un livre de poche (quelques centaines de grammes) ou d'un gros pavé de plusieurs centaines de pages (quelques kilos).

L'e-book de son côté, si l'on prend en compte l'ensemble des matériaux entrant dans sa construction (puces, coque, écran, batterie), le fret pour des produits souvent fabriqués en Chine, la livraison aux magasins, l'électricité consommée pour son utilisation (chargement des batteries, serveurs où sont stockés les livres sous forme de fichiers?), et le recyclage en fin de vie affiche un bilan de 240 kg, selon une estimation de Carbone 4 établie d'après les bilans réalisés par l'Ademe pour les ordinateurs. Soit 80 kg par an dans l'hypothèse d'une durée de vie de l'appareil de trois ans. Conclusion : à moins de lire 80 livres par an ? un niveau hors d'atteinte de la majorité des lecteurs en France ?, le livre papier est moins nocif pour la planète.

C'est Ronald Blunden, directeur de la communication d'Hachette Livre et animateur de comité de pilotage développement durable du groupe, qui a demandé, en sus du bilan carbone de son groupe, cette comparaison à Carbone 4. « On entendait répéter que, grâce à l'e-book, on allait mettre fin à la destruction des forêts », explique-t-il. Certes, plus de 40 % des émissions liées à la fabrication d'un livre viennent du papier (17 % de l'impression et 8 % du fret entre les papeteries et les imprimeries). Mais au moins « deux tiers du papier utilisé pour nos livres sont issus de forêts labellisées FSC [Forest Stewartship Council], c'est-à-dire non pas détruites mais exploitées », les arbres coupés étant replantés. Quant aux ouvrages invendus, pilonnés, leur papier est recyclé.

Si la comparaison tourne sans conteste en faveur du livre traditionnel, l'équivalence 1 e-book = 80 livres en termes d'émission carbone dépend toutefois des méthodes et hypothèses retenues (origine du papier, fin de vie des livres?). Aux États-Unis, où les distances de transport sont plus grandes, où la part d'électricité produite par des énergies fossiles est bien supérieure à la France, et où l'impact sur les forêts est comptabilisé différemment, l'estimation des éditeurs donne une empreinte carbone de quelques kilos pour un livre. Ronald Blunden admet aussi que le rapport va évoluer favorablement pour l'e-book. « On parle ici de la première génération d'e-books. Les prochaines amélioreront leur bilan carbone.

Et, comme le montre la dernière version du Kindle d'Amazon, l'e-book devient polyvalent. On n'y lit plus seulement des livres mais aussi des journaux, des magazines. À l'avenir, il suffirait peut-être de lire quelques livres par an et des journaux quotidiens sur son e-book pour avoir une empreinte carbone équivalente à celle d'une lecture sur papier. » Mais pour cet été, sauf à dévorer plusieurs dizaines d'ouvrages en un mois, l'attitude écologiquement vertueuse consiste à charger dans ses valises de bons vieux bouquins papier dont on peut corner les pages, et qui ne craindront pas les grains de sable sur la plage. n

« Deux tiers du papier utilisé pour nos livres sont issus de forêts labellisées »,

selon Hachette.

Isabelle Repiton, La Tribune - 04/06/2009