Souvenirs du bal des Incas

Début 1812 Napoléon était heureux, il était fier de ses alliances avec l’Autriche et la Prusse, Marie-Louise lui avait donné un héritier, il décida d’organiser deux bals : un bal paré et un bal masqué. Les princesses étaient invitées à faire deux quadrilles. Caroline et Pauline, sœurs de l’empereur, choisirent le bal paré. Hortense, reine de Hollande, se vit attribuer le bal masqué.
L’affaire était d’importance : il fallait réunir une troupe de jolies femmes et de bons danseurs parmi les courtisans des Tuileries, régler chorégraphie, costumes et décors et surtout choisir le bon thème. Caroline, reine de Naples et Pauline, princesse romaine, toutes deux tantes du petit Roi de Rome, décidèrent de représenter une allégorie sur la réunion de Rome à la France et Hortense, plus fine courtisane, un thème neutre et exotique : le bal des Incas.
Le premier bal eut lieu dans le théâtre des Tuileries. L’empereur, assis sur une estrade entre Marie-Louise et Hortense, eut la surprise de retrouver ses chambellans et ses écuyers, costumés en Zéphyrs et en Apollon, parmi la troupe des Naïades du Tibre tandis que les princesses, casquées d’or, se donnaient l’accolade. Elles auraient du apporter leurs boucliers de diamant aux tuileries le lendemain pour affronter l’humeur de Napoléon «Rome est soumise à la France mais n’en est pas contente… flatterie ridicule… mettre la politique en danse quelle idée !.. »
 

Quelques jours plus tard, le 11 février, Hortense apparaissait en grande prêtresse du Soleil, vêtue d’argent, de diamants, de plumes blanches. Huit dames habillées de même mais parées de turquoises, l’entouraient. Vingt-quatre prêtresses du Soleil, douze Péruviennes et autant de Péruviens en étoffes d’or, plumes rouges, diamants et rubis, interprétaient une chorégraphie composée par le célèbre Gardel. Le succès fut si grand que le quadrille des Incas fut à nouveau donné le 2 mars 1813.
Aujourd’hui le dépit de Caroline et Pauline est un souvenir perdu, diamants et rubis ont changé de montures, nul ne sait ce que sont devenus les plumes et les étoffes d’or et d’argent… Il ne reste de ces fastes qu’une paire de fauteuil de théâtre, en bois polychrome, les côtés à motif sculptés d’une tête coiffée de plumes. Ils sont restés longtemps dans la collection Rothschild avant de trôner, rue Bonaparte, dans le salon d’Yves Saint-Laurent.
Mis en vente au mois de novembre et estimés 9 000 euros la paire, l’enchère a été emportée à 241 000 euros. Hortense aimait le luxe…