Antoine Watteau et l'art de l'estampe

" Watteau méditoit presque toujours; grand admirateur de la nature et de tous les maîtres qui l'ont copiée, le travail assidu l'avait rendu un peu mélancolique..."


Voilà le portrait que Jean de Julienne fait de son ami et protégé. Watteau (1684-1721) venait de traverser son époque comme une météore avant de s'éteindre à trente-sept ans en laissant derrière lui le meilleur du style rocaille et tout un univers poudré de comédiens, de danseurs et de musiciens. Il laissait également un grand nombre de toiles et de dessins. Jean de Julienne, richissime directeur des Manufactures royales des draps fins aux Gobelins, entreprit de les faire graver. Une cinquantaine de graveurs, parmi lesquels Boucher, Liotard, Audran, mirent des années à réaliser quatre grands volumes : le Recueil Julienne. Il regroupe près de six cents planches et fait encore autorité pour authentifier une oeuvre de Watteau.


Le Louvre présente une sélection de ces planches issues de la collection Edmond de Rothschild. Achetées à la fin du XIXe siècle quand les frères Goncourt, Baudelaire ou Verlaine redécouvraient la force de Watteau et l‘incroyable vibration de ses personnages. Quatre-vingt-dix planches illustrent la technique de la gravure libre et présentent les étapes d’une estampe : eau forte qui ronge la plaque, burin, gravure avant la lettre, contre type, états successifs retouchés par le graveur…
Un bel hommage à Watteau et au mécéne qui a permis de sauver ce grand œuvre et ce « je-ne-sais-quoi de galant, de vif et de vrai » qui donne la cadence à ses Fêtes galantes de la régence.
Musée du Louvre, du 8 juillet - 11 octobre 2010