Madame du Barry

Le huit décembre 1793, dans la charrette qui la conduit à l'échafaud de la place de la Révolution, Jeanne Bécu, comtesse du Barry est saisie de convulsions. Pour elle, pas de mort digne, pas de bon mot ultime… il faut l'attacher à la planche pendant qu'elle mendie "encore un instant Monsieur le bourreau."




Le XVIIIe n'est pas tendre pour les jeunes filles sans fortune. Jolie et peu farouche, Jeanne, née en 1743 d'un moine et d'une domestique, devra payer tribut au Minotaure. Après quelques pas dans les milieux de la mode et de la galanterie sous le nom de Mademoiselle l'Ange, elle rencontre Du Barry qui cultive en parfait "roué" le goût de la méchanceté. Proxénète notoire, il la brocante auprès de grands seigneurs et intrigue pour l'introduire auprès de Louis XV. Le vieux roi neurasthénique, séduit, la veut auprès de lui à Versailles. Mariée avec le frère cadet de Du Barry, titrée, elle est présentée à la cour en 1768 et affronte les coteries de Versailles : Choiseul le ministre tout-puissant de l'alliance Autrichienne ; les filles du roi, confites en dévotion ; la dauphine, enfin, qui refuse de lui adresser la parole.
 
Pendant six ans, l'amour du roi la protègera des cabales. Entourée d'amis, de valets et de bouffons, elle dépensera des sommes folles en bijoux et dans les travaux de son petit château de Louveciennes ou Nicolas Ledoux crée pour un elle un rêve de pierre blanche.

L’agonie du roi, en 1774, fera le vide autour d'elle.  Enfermée par lettre de cachet du jeune Louis XVI, à l'abbaye du Pont aux dames puis dans son château de saint-Vrain, le prince de Ligne aura seul le courage d'intercéder pour elle.

 Graciée, elle mène la vie discrète d'une riche particulière à Louveciennes, entretenant une longue liaison avec le duc de Cossé Brissac. Le vol rocambolesque de ses bijoux retrouvés à Londres tournera vers elle l’attention aux heures sombres de la Révolution. L’accusateur public lui reproche ses voyages en Angleterre pour instruire le dossier et sa fréquentation des émigrés... Chauveau-Lagarde son avocat, qui a défendu Marie-Antoinette quelques semaines plus tôt, ne lui sauvera pas la vie.
Le Temple ou Sainte Pélagie, la Conciergerie, une charrette sur le pavé, une foule de visages haineux ou compatissants... La révolution offrait une étrange sortie de scène aux reines bergères et aux marchandes de mode aux goûts de princesse…


A lire : Jacques de Saint Victor, Madame du Barry, un nom de scandale, Fayard