Lucien Bonaparte (1775-1840) Un homme libre

Le cycle des conférences de la bibliothèque Marmottan reprend son cours avec une évocation de Lucien Bonaparte par Maria Teresa Caracciolo et Isabelle Mayer Michalon, les commissaires de l’exposition qui lui a été consacrée au musée Fesch d’Ajaccio. Elles ont présenté cet homme de communication, à la carrière politique courte mais brillante, grand collectionneur de peinture et profondément indépendant.
Député de Corse, républicain convaincu, Lucien est un des acteurs majeurs du coup d’état du 18 et 19 brumaire qui fait tomber le Directoire, instaure le Consulat et donne le pouvoir au général Bonaparte. Pourtant Napoléon minimisera son rôle à la présidence du Conseil des Cinq Cents au cours de cette nuit décisive. Il désapprouve l’indépendance de Lucien. Ministre de l’Intérieur - en charge du dossier du Concordat et de la création de l’Ordre de la Légion d’honneur de 1799 à 1800 -, puis ambassadeur auprès des rois d’Espagne et du Portugal, son action déplaît au Premier Consul. L’inimitié de Talleyrand et de Fouché, une publication malheureuse évoquant la stérilité de Joséphine et son refus catégorique de faire un mariage dynastique avec une infante espagnole, scellent le sort de Lucien qui s’exile en Italie.
 

Titré prince de Canino et de Musignano par le pape, Lucien vit sur son vaste domaine ou une nécropole étrusque a été exhumée. Il négocie sur le marché de l’art ses découvertes archéologiques ainsi que sa prestigieuse collection de peinture : trois-cents toiles des plus grands maîtres dont il a publié le catalogue. Homme de lettres, admirateur de Chateaubriand et du Génie du Christianisme, il fait éditer un roman « exotique » dans le goût de Paul et Virginie, des poèmes épiques et ses Mémoires qu’on peut consulter à la bibliothèque Marmottan. Veuf de Christine Boyer, remarié avec Alexandrine de Bleschamp, il mène une existence paisible entouré de ses nombreux enfants. Après la chute de l’empereur, les Bonaparte se regroupent à Rome et forment un phalanstère autour de Madame Mère. Le musée Napoleonico de Rome conserve de nombreux souvenirs de ces années.
Lucien qui avait été aux cotés de Napoléon aux premières heures du pouvoir, reviendra près de lui à Paris pendant les cents jours. Après toutes ces années de brouille, les retrouvailles sont intenses, Napoléon lui remet le collier de grand-croix de la Légion d’honneur. Lucien envisage de suivre son frère en exil. Mais le destin réservait une fin plus paisible au plus mesuré des Bonaparte qui s’éteint paisiblement à Rome, en 1840, entourée de l’affection des siens. Bien longtemps après la princesse Marie, son arrière petite-fille, deviendra l’amie et le disciple de Freud…
Catalogue de l'exposition " Lucien Bonaparte (1775-1840), un homme libre" présentée au Palais Fesch - Musée des Beaux-Arts de la Ville d'Ajaccio (26 juin - 27 sept. 2010). Editeur : Silvana