Bijoux des deux Empires. La politique des parures de Joséphine à Eugénie (1804-1870)

Conférence présentée par Marie-Émilie Vaxelaire, historienne d’art et gemmologue.
Joséphine raffolait des bijoux parfois achetés en cachette de Napoléon, Mlle Avrillon raconte dans ses Mémoires ses merveilleuses parures de perles et de camées. Marie-Louise portait placidement les soixante-dix parures de sa corbeille de mariage, Eugénie aimait le faste et les porte-bonheur… Diamants de la couronnes ou cassette privée, cadeaux diplomatiques, étrennes, mariages : le XIXe siècle a une culture du bijou qui nous échappe. La symbolique des pierres et leur association sont interprétées savamment. Les bracelets « hiéroglyphiques » codent un message avec l’initiale de chaque pierre tandis que les bijoux reliquaires protègent ceux qui les portent.


Le sacre de Napoléon génère toute une symbolique impériale inspirée de Charlemagne et des empereurs romains. Aigles, couronnes fermées des familles régnantes, feuilles de myrte et de laurier, diamants inaltérables comme la nouvelle dynastie, croix marquant la bénédiction du régime par l’église, camées et intailles de l’antiquité. Le tableau du Sacre de Napoléon par David donne un aperçu du faste que l’empereur veut à la cour. Pour former des artistes, il institue une école de gravure sur pierre à Paris et, en 1805, un grand prix de Rome, faisant du premier Empire la plus faste période de la joaillerie parisienne. Sous la Restauration, les Bourbons détruisent beaucoup d’ornements. Il faut attendre le 2nd Empire pour retrouver ce niveau de création. Les expositions universelles de Paris promeuvent l’industrie du luxe et la place de Paris dans la haute joaillerie. Napoléon III y expose avec fierté les plus prestigieux bijoux créés pour la couronne à des prix vertigineux. Ainsi le budget de 600 000 francs or voté par la Commission municipale de Paris pour offrir un collier de diamants à Eugénie. L’impératrice eut le bon goût de lui préférer une fondation charitable
Biennais, Nitot, Bapst, Kramer, Boucheron ou Mellerio, travaillèrent en virtuoses les diamants, rubis, émeraudes et saphirs venus des Indes ou les perles fines négociées une par une avec les marchands. Souvent transformable, un diadème pouvait se porter en collier ou devenir un bracelet et ses pendants d’oreilles. Hélas la plupart de ces splendeurs ont été remontées pour suivre la mode. En 1887 eut lieu la vente des joyaux de la couronne, beaucoup de pièces furent dispersées et partirent en Amérique. Le Louvre à aujourd’hui une politique de rachat pour ces pièces inestimables. La parure de Marie-Louise en micro mosaïques a regagné le Trésor en 2001 et, depuis le 16 septembre, le grand nœud de corsage aux 2934 diamants d’Eugénie est exposé dans la salle de la collection Thiers du Louvre. Quelle sera la prochaine merveille ?
Grand nœud de corsage de l’Impératrice Eugénie, aile Richelieu, 1er étage, salle 74