Lettres de la princesse Palatine (1652-1722)

En 1671, lorsqu'elle arrive en larmes de son Palatinat natal pour épouser Monsieur frére du roi, Philippe d'Orléans, la jeune princesse Charlotte-Elizabeth ne sait pas encore qu'elle vivra isolée, entourée par les favoris de son mari. Elle apporte dans sa corbeille la renonciation de son héritage qui sera, en 1688, l'alibi des guerres du Palatinat et son plus grand chagrin. Louis XIV revendiquant ses droits à la succession de l'Electeur Palatin, s'illustrera par la brutalité de ses armées.
Laide et spirituelle, "Madame" n'est pas la dupe des fastes de Versailles, née protestante, convertie par politique, elle n'est pas celle des églises non plus : une fois pour toutes elle croit en "sa petite religion particulière" qui respecte les honnêtes gens de toutes religions."Liselotte" est naturelle, simple et fière de sa race. Elle s'attire les foudres du "Grand homme" et de "la vieille ordure" (Madame de Maintenon) en s'opposant vainement au mariage de son fils Philippe, le futur régent, avec une bâtarde légitimée de Louis XIV. Chaque jour, avec verve, elle décrit en allemand, les péripéties de la cour. Peu importe si son courrier est ouvert dans le cabinet du roi. Elle raconte tout à ses amies lointaines : l'ennui d'une cour bigote ou le théâtre est interdit, l'insolence de la jeunesse désœuvrée, les frasques des princesses du sang, les princes débauchés, tricheurs, querelleurs. Cultivée, Madame, évoque brillamment la querelle entre Bossuet et Fénelon autour du quiétisme et l'arrivisme des prêtres.


Au-delà des anecdotes, la princesse Palatine, est une conscience libre, une femme indépendante, une observatrice lucide qui subit son statut d'épouse et de sujette. Par sa fille, mariée au duc de Lorraine, elle deviendra l'aïeule d'une autre princesse, élevée dans une famille heureuse, qui viendra en France se briser aux fastes de Versailles : Marie-Antoinette.

Lettres de la princesse Palatine (1652-1722)
Editions Mercure de France