Juliette Drouet par Bastien Lepage, Maison de Victor Hugo

Dans une salle un peu poussiéreuse du musée Victor Hugo, place des Vosges, un portrait de vieille femme accroche le regard. Elle est paisible, diaphane, un peu rêveuse, le corsage à peine entrouvert, c’est peut-être l’été ou la pièce est surchauffée, nous sommes en 1883…

Cette femme c’est Juliette Drouet qui depuis un demi-siècle est la maîtresse de Victor Hugo. Elle est peinte par Jules Bastien Lepage, peintre naturaliste et portraitiste des gens en vogue et des petites gens, mendiants et paysans. L’univers d’Hugo le passionne. On connaît de lui les portraits de Victor Hugo (1882), de la petite Cosette et celui de Juliette Drouet qui retient son souffle pour ne pas être arrachée à son amour.
Elle n’a aucun regret pour le monde et le siècle : la pauvre orpheline, née à Fougères en 1806, a sillonné l’Europe avec ses amants, avant de jouer la comédie sur les grandes scènes. C'est en jouant dans Lucrèce Borgia, en 1833, qu'elle a rencontré Victor. Si belle alors, elle  inspirait peintres et sculpteurs, mais aujourd’hui elle est si fluette, si légère que dans quelques semaines elle va s’envoler…

Est-ce Hugo qui a commandé le tableau pour garder une image de Juliette ?
Est-ce une ultime preuve d’amour de celle qui a été l’égérie, la compagne fidèle de l’exil ? Celle qui s’est retranchée du monde pour calmer la jalousie du Grand Homme et lui a écrit plus de vingt-mille lettres ?
Sur sa tombe, Hugo fera écrire cette épitaphe:
"Quand je ne serai plus qu'une cendre glacée / Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour /
Dis-toi, si dans ton cœur ma mémoire est fixée / Le monde a sa pensée, Moi, j'avais son amour!"

 

Maison de Victor Hugo - 6 Place des Vosges - 75004 Paris